Le député d’extrême gauche Marc Pena en roue libre

ll fallait être particulièrement naïf pour croire au numéro de funambule de Marc Pena, soigneusement installé dans les habits de la "gauche modérée", républicaine et respectable.


Pendant la campagne, tout était parfaitement calibré : le costume, la cravate, le sourire rassurant, la posture institutionnelle. Un député fréquentable, raisonnable, presque centriste. Bref, le genre d’homme politique que l’on pourrait imaginer serrant la main d’un préfet le matin et défendant la République avec gravité le soir.

Sauf qu’en politique, comme ailleurs, le naturel finit toujours par revenir au galop. Et depuis quelques semaines, il revient même au triple galop.

La grande comédie de la gauche modérée

On avait déjà souri devant ses longues jérémiades destinées à écarter les soupçons d’antisémitisme qui entouraient certaines de ses accointances politiques. Une posture pour le moins cocasse lorsque l’on se souvient qu’il doit son élection, notamment, aux voix teintées d'antisémitisme de la France insoumise.

La politique moderne a décidément inventé des formes très sophistiquées de schizophrénie électorale.

Les élections ont parfois une vertu : elles déshabillent les politiques

Il faut reconnaître une chose aux élections : elles ont parfois cette remarquable capacité à faire tomber les masques. Pendant une campagne, chacun choisit son éclairage, son angle de prise de vue et son meilleur costume. Après, les circonstances parlent.

Et depuis un mois, Marc Pena semble avoir décidé de nous offrir une version beaucoup moins retouchée de lui-même.

Pourquoi attendre les prochaines législatives pour révéler sa véritable ligne politique ? Pourquoi patienter encore huit mois alors que l'actualité offre déjà une formidable tribune ? Peut-être parce que le député sent souffler un vent favorable à son camp.

Censure du gouvernement, crise budgétaire, manifestations, colère sociale, tensions politiques… À l’extrême gauche, certains semblent toujours espérer qu’un peu de désordre finira par produire le fameux "grand soir".

Alors, pourquoi attendre ?

Le Pena des cérémonies et le Pena des manifestations

Il y a le Marc Pena des cérémonies officielles. Costume impeccable. Cravate. Mine grave. Écharpe tricolore. Poignée de main avec un ministre ou un préfet.

Et puis il y a l’autre. Celui dont le visage rougit et se crispe lorsque ressurgissent les réflexes et les outrances de cette extrême gauche. Celui en baskets, à la démarche nerveuse, qui arbore son écharpe de député comme un étendard face aux policiers. Celui qui peut beugler pendant cinq minutes pour empêcher la maire de lui répondre en conseil municipal et de lui dire ce qu’elle pense. Celui enfin qui, à court d’arguments, préfère lancer l’anathème, avec les sempiternels « CNews ! » ou « Bolloré ! » en guise de conclusion.

Et puis vint l’épisode des lycéens

Le voilà transformé en petit père des "lycéens", allant rendre visite au commissariat à ceux qu’il présente comme les victimes de prétendues rafles policières arbitraires, humiliées dans les geôles d’un régime que l’on croirait tout droit sorti de l’époque de Pinochet.

Et comme si cela ne suffisait pas, il nous gratifie à la tribune de l’Assemblée nationale d’une déclaration façon « J’accuse », dans les oripeaux d’un Jaurès à la petite semaine. Rien que ça.

Évidemment, pas un mot sur la raison de la présence de ces "lycéens" au milieu de scènes de casse et d’affrontements avec la police. Pas davantage sur le port, pour beaucoup, de cagoules ou de foulards destinés à dissimuler leur visage. Et encore moins sur la présence, parmi eux, de militants d’extrême gauche aux relents antisémites et aux méthodes de milices fascistes.

Quand on ne convainc plus, on change d’électeurs

Il faut pourtant lui reconnaître au moins une qualité : une certaine forme de vision politique. Comme nombre de ses camarades de l’extrême gauche, il semble avoir parfaitement compris que l’électorat jeune, combiné à celui issu de l’immigration, pourrait constituer demain une partie de leur planche de salut électorale si l’occasion leur était donnée de revenir durablement au pouvoir.

Abaisser l’âge du droit de vote, élargir sans cesse le corps électoral et compter sur les nouvelles populations pour renouveler leur base électorale : voilà qui pourrait effectivement constituer une stratégie pour une gauche devenue minoritaire et largement désavouée dans la mojorité du pays.

Article par Jibril Riqueti

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