Ils ont menti : à Aix, la majorité augmente les impôts !

À Aix, Sophie Joissains découvre les vertus de l’impôt : la promesse était en solde, la facture plein tarif !


Il aura donc fallu moins d’un an à la majorité municipale aixoise pour nous servir le grand classique de la politique locale : promettre la maîtrise, pratiquer la ponction, puis expliquer que tout cela était parfaitement inévitable. À ce rythme, les promesses électorales ont une durée de vie comparable à celle d’un yaourt oublié en plein soleil.

On ne ressortira pas la vieille formule des promesses qui n’engagent que ceux qui y croient. Elle a déjà beaucoup servi, et manifestement, elle ne décourage personne. À droite, on vote pour la rigueur budgétaire, on applaudit les discours sur la bonne gestion, et l’on finit par découvrir que la rigueur s’applique surtout au portefeuille des autres.

Bienvenue dans le merveilleux monde de la fiscalité municipale à géométrie variable.

Le contribuable aixois, cette vache à lait qui ne demande qu’à être traite

Au menu de cette rentrée fiscale, quelques réjouissances concoctées par l’équipe de Sophie Joissains :
  • Fixation du taux de vacance des biens immobiliers ;

  • Majoration de la taxe d’habitation sur les résidences secondaires ;

  • Suppression de l’exonération de taxe foncière sur les résidences secondaires ;

  • Taxe sur les friches commerciales.

Un véritable festival. Il ne manque plus qu’un petit supplément sur les volets fermés, une contribution exceptionnelle sur les maisons trop silencieuses et une taxe sur les propriétaires qui auraient l’outrecuidance de ne pas rentabiliser leur patrimoine au rythme des exigences municipales.

Évidemment, chaque mesure pourra être présentée séparément, emballée dans son petit discours technique, justifiée par une note administrative et saupoudrée de considérations budgétaires. Mais mises bout à bout, elles racontent une histoire assez simple : quand la politique promet de ne pas alourdir la facture, il vaut mieux lire les petites lignes.

Et surtout, ne nous racontons pas d’histoires : une fois la porte entrouverte, il devient toujours plus facile de faire entrer le reste de la maison fiscale.

« On n’a plus d’argent » : le tube de l’année à l’hôtel de ville

Ah, l’inusable refrain des finances contraintes ! On le connaît par cœur. Il a traversé les majorités, les crises et les alternances avec la robustesse d’un vieux radiateur municipal.

« Les finances sont contraintes. »
« C’est temporaire. »
« Ce n’est pas notre faute, c’est la crise. »

Bien entendu. La crise est responsable, les circonstances sont défavorables, les planètes sont mal alignées et le budget municipal a manifestement été victime d’un mauvais sort. Quant au contribuable, lui, a toujours cette chance extraordinaire : il est là, disponible, et possède encore quelques euros qu’on n’avait pas pensé à lui réclamer.

Le problème, c’est qu’augmenter les impôts n’a rien d’une prouesse intellectuelle. C’est même la vieille recette de ceux qui préfèrent chercher de nouvelles recettes plutôt que de remettre sérieusement en question leurs dépenses, leurs priorités ou leurs habitudes.

La gestion rigoureuse, ce n’est pas seulement savoir combien on peut prendre aux contribuables. C’est aussi savoir combien on peut éviter de leur prendre. Mais cette seconde partie de l’exercice semble nettement moins photogénique sur une affiche électorale.

À gauche, on regarde le spectacle avec un sourire en coin

Le plus délicieux, dans cette petite comédie fiscale, reste peut-être la satisfaction d’une partie de la gauche aixoise. Pas besoin de conquérir la mairie, de s’installer dans le fauteuil du maire ou de s’encombrer d’une majorité municipale : il suffit parfois d’attendre que ses adversaires reprennent, sous une autre étiquette, des arguments qui ressemblent furieusement à ceux qu’ils combattaient hier.

L’impôt devient alors une contribution nécessaire, un instrument de justice sociale, un outil de régulation. Le vocabulaire est soigneusement repassé, les éléments de langage sont servis tièdes, et la note, elle, arrive bien chaude chez le contribuable.

La gauche peut donc savourer cette scène avec un certain amusement : ses adversaires se chargent de justifier des hausses de prélèvements que d’autres réclament depuis longtemps. Tout le monde peut sauver la face, chacun peut défendre sa petite théorie, et le contribuable peut continuer à financer le spectacle.

Il y a des convergences politiques qui ne disent pas leur nom. Celle-ci a au moins le mérite d’être lisible sur la feuille d’impôts.

Gérard Bramoullé en PLS

Difficile, enfin, de ne pas penser à Gérard Bramoullé, ancien premier adjoint de Maryse Joissains et figure de la majorité municipale, connu pour ses convictions libérales, sa défense de la maîtrise des dépenses et ses critiques de l’impôt comme solution de facilité.

On imagine volontiers les questions qu’une telle orientation fiscale aurait pu susciter chez celui qui défendait une conception exigeante de la gestion publique. Attention, nous ne lui ferons pas dire ce qu’il n’a pas dit. Les morts ont déjà suffisamment de mal à se défendre contre les hommages intéressés ; inutile de leur prêter en plus des commentaires sur l’actualité.

Reste une contradiction politique bien vivante : comment continuer à se réclamer d’une gestion rigoureuse tout en demandant aux contribuables de passer à la caisse, quelques mois seulement après le début du mandat ?

La réponse, comme souvent, se trouve dans le grand tiroir des explications officielles : les circonstances, les contraintes, l’héritage, la conjoncture. Il y a toujours une bonne raison de renoncer à ses engagements. Il est simplement plus rare d’entendre un responsable politique reconnaître qu’il a changé de cap.

Article par Jibril Riqueti

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