Un vice-président d’ultra gauche, Pierre Huget, à la Métropole Aix-Marseille : le grand renoncement

Imagine-t-on un instant le maire de Toulouse installer à ses côtés un représentant de Reconquête, sous prétexte qu’il n'était pas allié au Rassemblement national sur cette élection municipale ? L’argument serait aussitôt tourné en ridicule. Pourtant, c’est exactement ce à quoi nous assistons — mais dans l’autre sens, et dans un silence assourdissant.


I

l fallait oser. Et ils l’ont fait. Nommer un vice-président issu de la gauche radicale à la tête de la Métropole Aix-Marseille relève moins du compromis que de la capitulation en rase campagne.

L’élection de Pierre Huget n’est pas une simple nomination technique. C’est un signal politique lourd, presque brutal. Celui d’un exécutif prêt à s’acoquiner avec une gauche radicalisée, au mépris de toute cohérence et, disons-le, de toute colonne vertébrale idéologique.

Car enfin, personne n’était contraint. Rien n’obligeait Nicolas Isnard à entériner ce choix. Rien, sinon une forme de renoncement poli, maquillé en sens des responsabilités. Une concession d’autant plus incompréhensible que le vivier socialiste marseillais offrait d’autres profils — moins clivants, moins militants, moins alignés sur les outrances d’une gauche sulfureuse.

Il faut appeler les choses par leur nom : prétendre que Génération.s ne s’inscrit pas dans l’orbite de l’extrême gauche relève de la contorsion intellectuelle. Alliances électorales répétées avec les Insoumis, convergences programmatiques, rhétorique commune — tout indique une proximité assumée avec les franges les plus radicales. Feindre de l’ignorer, c’est prendre les électeurs pour des figurants dans un théâtre d’ombres idéologique.

Quant aux positions de Pierre Huget, elles ne laissent guère de place au doute : antifascisme brandi comme étendard permanent, engagement sélectif sur les scènes internationales, écologie à marche forcée, appétence pour la dépense publique et la taxation tous azimuts. Un corpus politique cohérent, certes — mais clairement situé, et sans ambiguïté.

Dans ce contexte, le mot “écuménisme” de monsieur Isnard avancé pour justifier cette ouverture sonne creux. Il ne s’agit pas d’ouverture, mais d’un glissement. Lent, peut-être, mais réel. Et ceux qui s’en félicitent aujourd’hui feindront demain de ne pas en voir les conséquences.

Soyons clairs — et cessons les pudeurs inutiles. Si les rôles avaient été inversés, si Pierre Huget s’était retrouvé à la tête de la Métropole dans une configuration plus favorable à ses intérêts, la scène aurait été tout autre. Il aurait écarté sans la moindre hésitation Nicolas Isnard, au nom d’une appartenance politique LR jugée — comme toujours — “trop à droite”. Préférent un élu de sa majorité, idéologiquement compatible. Peu importe l’équilibre territorial : seule compterait la pureté de la ligne.

Voilà la réalité. D’un côté, une droite qui compose, qui cède, qui s’accommode — quitte à brouiller ses propres repères. De l’autre, une gauche radicale qui ne transige jamais, qui verrouille, qui exclut sans états d’âme.

Il ne s’agit donc pas d’un compromis. Il s’agit d’un marché de dupes.

Article par Jibril Riqueti

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