Bilan des municipales 2026 à Aix-en-Provence

Une victoire nette… mais à manier avec précaution


I

l serait tentant de lire ces élections comme une confirmation claire de la majorité sortante. Ce serait aller un peu vite. Car derrière la victoire, les chiffres racontent une autre histoire — plus nuancée, et surtout plus préoccupante.

D’emblée, écartons 2020. Ce scrutin hors norme, percuté de plein fouet par le COVID, a profondément biaisé la participation. Entre peur sanitaire et démobilisation générale, il ne constitue pas une base d’analyse fiable. Pour comprendre 2026, il faut donc remonter à 2014 et 2009.

L’abstention, grande gagnante du scrutin

C’est elle, la véritable victorieuse.

Avec 50,17 % au premier tour et 53,76 % au second, la majorité des Aixois ne s’est pas déplacée. Un basculement majeur par rapport à 2014, où l’abstention plafonnait autour de 41 %.

Dit autrement : à corps électoral comparable, il manque 12 457 votants par rapport à ce que l’on aurait observé si la mobilisation était restée au niveau de 2014.

Ce décrochage se traduit immédiatement dans les résultats.

Au second tour, la gagnante réalise 20 931 voix, soit le plus faible total pour un maire élu à Aix depuis au moins un quart de siècle.

Comparatif des voix au 2nd tour :
2001 — Maryse Joissains : 28 672 voix
2009 — Maryse Joissains : 21 617 voix
2014 — Maryse Joissains : 26 942 voix
2020 — (Covid) : non représentatif
2026 — Sophie Joissains : 20 931 voix

Et cela alors même que le nombre d’inscrits a progressé de près de 14 % en 25 ans.

La conclusion s’impose : la victoire est nette, mais électoralement fragile, portée en partie par une abstention record.

Le maintien de la droite radicale, un avantage décisif 

Autre enseignement, plus politique : le maintien d’une liste d’extrême droite au second tour continue de structurer le rapport de force… au bénéfice de la majorité sortante.

L’écart final en témoigne.

Écart entre 1er et second au 2nd tour : 
2001 : +697 voix
2009 : +187 voix
2014 : +8 255 voix (FN présent)
2020 — (Covid) : non représentatif
2026 : +7 216 voix (RN présent)

Lorsque l’extrême droite se maintient, l’écart se creuse nettement. Pourquoi ? Parce qu’une partie de l’électorat "anti-RN", farouchement opposée à cette offre politique, refuse l’idée que cet éléctorat puisse se reporter au second tour pour faire élire le candidat de droite modéré. Sinon il fait barrage.

Une gauche historiquement affaiblie

L’abstention n’explique pas tout. La gauche paie aussi ses divisions. A Aix, l’écart se creuse entre le centre gauche social-démocrate (pouvant être incarné par Philippe Klein) et la gauche radicale incarnée par LFI et sa dissidence (Mounnir Ben Ammar). Choisir l’un fait fuir l’autre. Marc Pena ayant choisi la gauche radicale.

Voix de la gauche au 2nd tour : 
2001 — Picheral : 27 975 voix
2009 — Medvedowsky : 21 430 voix
2014 — Baldo : 18 687 voix
2020 — (Covid) : non représentatif
2026 — Pena : 13 715 voix

Jamais la gauche n’avait atteint un niveau aussi bas au second tour à Aix.

Une victoire par défaut autant que par adhésion

La maire a ainsi été élue en partie grâce à une forte abstention, signe que de nombreux électeurs, sans voter pour elle, ne se reconnaissent pas non plus dans les autres candidats.

Sa victoire tient sans doute à une gestion financière jugée solide, sans hausse d’impôts, qui, malgré la réputation dynastique de la famille Joissains entretenue par ses adversaires, continue de trouver un écho auprès d’une partie de l’électorat.

Article par Jibril Riqueti

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