2nd tour : Nuit des longs couteaux dans l’extrême gauche aixoise

Personne — absolument personne — n’aurait parié un kopeck sur ce scénario. Tout semblait écrit d’avance, presque cousu de fil rouge, dans une atmosphère de grande camaraderie socialo-communiste entretenue par six années de combat mené côte à côte au conseil municipal. Une fraternité militante, presque une amitié personnelle, nourrie au fil des délibérations, des motions et des indignations communes.


E

t pourtant… nous voilà quelque peu médusés. Pour dire les choses franchement, nous en restons un peu « sur le cul », comme dit l’expression populaire. Certes, depuis octobre, ce site avait tiré la sonnette d’alarme : deux candidatures au premier tour, présentées comme concurrentes, mais soupçonnées d’être un habile tour de passe-passe destiné à rassurer l’électorat de gauche modéré. Une petite mise en scène électorale, en somme.

La pièce s’est finalement jouée autrement. Car le candidat Marc Pena figure désormais, aux yeux des Insoumis, dans le registre peu enviable des « social-traîtres », pour avoir eu l’audace de refuser la fusion de sa liste avec celle de LFI au second tour.

L’explication officielle invoque un désaccord politique, conséquence des dérives récentes de La France insoumise. Argument un peu court. Car pendant six ans, Marc Pena n’a pas seulement toléré cette alliance municipale : il l’a accompagnée, assumée, parfois même illustrée. Solidaire lors des prises de parole sur la politique nationale en ouverture de chaque conseil municipal, solidaire des revendications — y compris les plus contestables — et encore récemment en tête de cortège lors de manifestations organisées par ses partenaires insoumis, dont certaines laissaient songeur.

Dans cette histoire, la véritable victime collatérale semble être la passionaria de l’extrême gauche aixoise, Claudie Hubert. La voilà privée de ses mandats au conseil municipal et à la métropole, mandats qu’elle brandissait volontiers comme un étendard protecteur lors de ses actions militantes — parfois à la lisière de la légalité. Disons-le sans détour : ce n’est pas forcément ce qui suscitera le plus de larmes dans la population vu ses comportements nauséabonds.

Officiellement, la rupture reposerait sur un désaccord autour d’un « contrat programmatique ». Voilà typiquement le genre de formule dont seule l’extrême gauche a le secret : un élégant jargon issu d’un comité de lutte d’intellectuels révolutionnaires. Une manière, sans doute, d’habiller d’un vernis doctrinal ce qui ressemble davantage à une tambouille pour la gamelle.

Car en coulisses, une autre explication circule avec insistance. Marc Pena serait quasiment assuré d’arriver second au second tour, ce qui lui garantirait la direction du principal groupe d’opposition au conseil municipal. Dans ces conditions, fusionner n’aurait guère d’intérêt : il peut espérer récupérer l’essentiel des électeurs insoumis, par simple proximité politique.

L’avantage est double. D’une part, préserver un maximum de sièges pour ses propres colistiers. D’autre part, constituer à la métropole l’un des groupes d’élus de gauche les plus fournis après celui de Marseille — le tout sans traîner les casseroles insoumises. Une position idéale pour s’installer en chef de file de la gauche métropolitaine.

Comme quoi, derrière les grandes proclamations idéologiques, la politique locale reste parfois… une affaire très pragmatique. Et, à Aix comme ailleurs, les révolutions finissent souvent par se compter en sièges.

Article par Jibril Riqueti

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