À Aix-en-Provence, la campagne municipale offre un spectacle dont la politique française a le secret : celui du retournement stratégique, du CV expurgé et de l’amnésie sélective. Le macronisme local, naguère revendiqué avec ferveur, semble aujourd’hui devenu une maladie honteuse dont on se défait à la hâte.
Son ancien adjoint, Philippe Klein, a quant à lui opéré une conversion plus subtile : cap sur Horizons, le parti d’Édouard Philippe. Un recentrage assumé vers la droite, sans jamais vraiment rompre avec la galaxie présidentielle. Car Horizons demeure, qu’on le veuille ou non, dans l’orbite macroniste. Conversion sincère ou simple déplacement stratégique sur l’échiquier ? On attendra ses consignes de vote au second tour pour mesurer l’ampleur de la révélation.
Mais les figures les plus emblématiques restent Alain Parra et Élisabeth Huard, élus en 2020 sous bannière macroniste. Le premier rejoint une liste de gauche susceptible de s’allier à l’extrême gauche au second tour ; la seconde rallie Sophie Joissains, qu’elle combattait hier encore dans l’opposition. Quelle constance. Quelle rectitude doctrinale. À moins qu’il ne s’agisse simplement de l’appel irrésistible de la gamelle municipale.
Et que dire de Grégory Allione, aujourd’hui directeur de campagne de Sophie Joissains, élu en 2024 au Parlement européen sur la liste macroniste menée par Valérie Hayer ? Membre du groupe Renew Europe, qui a salué la signature du Mercosur — accord honni par nombre d’agriculteurs locaux — pendant que Sophie Joissains manifestait à Aix à leurs côtés contre ce traité. Cohérence stratégique ou grand écart idéologique ? Faudra nous expliquer.
Au fond, quelle ville était plus prédestinée qu’Aix-en-Provence à incarner cette comédie macroniste ? On la surnomme volontiers le 21e arrondissement de Paris. Entre un patrimoine ancien qui nourrit un tropisme conservateur et une bourgeoisie cultivée en quête de progressisme mondain, la cité thermale marche dans les pas de la capitale.
Il faut dire que le bilan national du macronisme n’aide guère. Après plus d’une décennie de pouvoir, que reste-t-il d’emblématique ? Quelle réalisation majeure citer sans hésitation à un électeur aixois sceptique ? L’exercice devient périlleux. Limite honteux.
L’ironie est devenue farce. Ceux qui, hier encore, distribuaient des certificats de vertu au nom de la “tempérance”, de la “raison” et de la “modération”, ceux qui méprisaient toute opinion tranchée comme une faute morale. Ils donnaient des leçons de prudence politique ; ils pratiquent désormais le reniement sans scrupule. La morale pour les autres, la tambouille pour eux.
On peut reprocher bien des choses à la gauche, mais au moins assume-t-elle ses choix, quitte à les radicaliser au prochain scrutin, y compris dans des alliances avec l’extrême gauche. Là où certains se contentent de changer d’étiquette en espérant que l’électeur ait la mémoire courte, d’autres affichent clairement la couleur. La cohérence n’est peut-être pas toujours rassurante, mais elle a le mérite d’exister.
À Aix, le macronisme ne meurt pas : il s’évapore. Sans fracas. Sans mea culpa. Sur la pointe des pieds. Dans l’espoir que personne ne remarque le vestiaire encombré de fausses convictions abandonnées.
P
remier exemple : Anne-Laure Petel. La députée sortante choisit de ne pas se représenter. À la manière d’un François Hollande version locale, on renonce avant la gifle des urnes. Prudence tactique ou lucidité tardive ? Disons-le : c’est peut-être, au milieu de cette débâcle organisée, l’attitude la plus digne. Quitter la scène avant l’humiliation a au moins le mérite de la cohérence.Son ancien adjoint, Philippe Klein, a quant à lui opéré une conversion plus subtile : cap sur Horizons, le parti d’Édouard Philippe. Un recentrage assumé vers la droite, sans jamais vraiment rompre avec la galaxie présidentielle. Car Horizons demeure, qu’on le veuille ou non, dans l’orbite macroniste. Conversion sincère ou simple déplacement stratégique sur l’échiquier ? On attendra ses consignes de vote au second tour pour mesurer l’ampleur de la révélation.
Mais les figures les plus emblématiques restent Alain Parra et Élisabeth Huard, élus en 2020 sous bannière macroniste. Le premier rejoint une liste de gauche susceptible de s’allier à l’extrême gauche au second tour ; la seconde rallie Sophie Joissains, qu’elle combattait hier encore dans l’opposition. Quelle constance. Quelle rectitude doctrinale. À moins qu’il ne s’agisse simplement de l’appel irrésistible de la gamelle municipale.
Et que dire de Grégory Allione, aujourd’hui directeur de campagne de Sophie Joissains, élu en 2024 au Parlement européen sur la liste macroniste menée par Valérie Hayer ? Membre du groupe Renew Europe, qui a salué la signature du Mercosur — accord honni par nombre d’agriculteurs locaux — pendant que Sophie Joissains manifestait à Aix à leurs côtés contre ce traité. Cohérence stratégique ou grand écart idéologique ? Faudra nous expliquer.
Au fond, quelle ville était plus prédestinée qu’Aix-en-Provence à incarner cette comédie macroniste ? On la surnomme volontiers le 21e arrondissement de Paris. Entre un patrimoine ancien qui nourrit un tropisme conservateur et une bourgeoisie cultivée en quête de progressisme mondain, la cité thermale marche dans les pas de la capitale.
Il faut dire que le bilan national du macronisme n’aide guère. Après plus d’une décennie de pouvoir, que reste-t-il d’emblématique ? Quelle réalisation majeure citer sans hésitation à un électeur aixois sceptique ? L’exercice devient périlleux. Limite honteux.
L’ironie est devenue farce. Ceux qui, hier encore, distribuaient des certificats de vertu au nom de la “tempérance”, de la “raison” et de la “modération”, ceux qui méprisaient toute opinion tranchée comme une faute morale. Ils donnaient des leçons de prudence politique ; ils pratiquent désormais le reniement sans scrupule. La morale pour les autres, la tambouille pour eux.
On peut reprocher bien des choses à la gauche, mais au moins assume-t-elle ses choix, quitte à les radicaliser au prochain scrutin, y compris dans des alliances avec l’extrême gauche. Là où certains se contentent de changer d’étiquette en espérant que l’électeur ait la mémoire courte, d’autres affichent clairement la couleur. La cohérence n’est peut-être pas toujours rassurante, mais elle a le mérite d’exister.
À Aix, le macronisme ne meurt pas : il s’évapore. Sans fracas. Sans mea culpa. Sur la pointe des pieds. Dans l’espoir que personne ne remarque le vestiaire encombré de fausses convictions abandonnées.
Article par Jibril Riqueti

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