Philippe Klein, l’arbitre du second tour aux municipales 2026


Dans le paysage des municipales aixoises à venir, Philippe Klein occupe une position paradoxale : personnage politiquement mineur, mais stratégiquement central. Il ne doit ni son implantation, ni son ascension à un mouvement populaire, encore moins à une vision municipale originale. Il les doit à une succession d’alignements favorables qui l’ont propulsé, presque malgré lui, au cœur du jeu.




A

vant 2020, Klein n’existait pas politiquement. Avocat reconnu, certes, mais totalement extérieur au microcosme électoral aixois. Sa notoriété ne naît que d’un hasard électoral : sa place de numéro deux sur la liste macroniste d’Anne-Laurence Petel. Une liste portée par une vague nationale aujourd’hui évaporée. Élu sans base propre, il découvre ensuite la mécanique municipale et s’y installe méthodiquement, séance après séance, micro après micro, jusqu’à devenir audible, non par adhésion populaire mais par simple saturation institutionnelle.

Trente conseils municipaux plus tard, le décor est planté. Le groupe d’opposition qu’il fréquente éjecte sa tête de liste, ou du moins la marginalise. Et Klein, qui n’a jamais gagné une primaire, ni conquis un électorat personnel, se retrouve mécaniquement en position de chef. Le macronisme, entre-temps, s’est effondré dans l’opinion. Mais Klein, opportunément, a quitté le navire à temps pour rejoindre celui d’Édouard Philippe. Il conserve les électeurs de 2020 sans porter la responsabilité du désastre national. Un opportunisme chimiquement pur.

Sur le fond, son offre politique est d’une banalité confondante. Sécurité pour rassurer la droite. Écologie pour parler à la gauche. Efficacité administrative pour flatter l’appareil municipal. Ce n’est pas un programme : c’est un menu de continuité, calibré pour ne froisser personne. Klein ne promet pas de transformer Aix, il promet de la gérer comme avant — mais sans la famille Joissains et sans ses casseroles judiciaires.

C’est là que se situe son véritable avantage comparatif. Depuis vingt ans, Aix abrite un électorat centriste anti-Joissains structurellement orphelin, recyclé à chaque scrutin sous une nouvelle étiquette. De Peretti hier, Perrin et Genzana ensuite, Petel en 2020. Klein espère en être le nouveau récipient, en y ajoutant les débris encore exploitables du macronisme local. Cette combinaison suffit à le qualifier pour le second tour.

Pendant ce temps, la droite joissainiste se fissure, grignotée par un Rassemblement national désormais dédiabolisé. La maire sortante pourrait se retrouver prise en étau entre un RN renforcé et une gauche rassemblée. Et derrière cette gauche rassemblée plane une hypothèse que beaucoup feignent d’ignorer mais que tous intègrent dans leurs calculs : celle d’une alliance de second tour entre la gauche classique et l’extrême gauche, électoralement redoutable dans un scrutin triangulaire.

Dans ce schéma, Klein devient le point d’équilibre : le candidat qui ne dérange personne, mais qui compte pour tous. Il n’est pas la solution. Il est la clé de répartition. À Aix, le prochain maire ne sera peut-être pas Klein. Mais sans Klein, personne ne passera. En cela, il devient presque le pire ennemi du camp Joissains au 1er tour.

Article par Jibril Riqueti

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